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jeudi 30 janvier 2014

Un p'tit coup de chapitre 2 ? Franchement, un chapitre complet en deux jours, je vous gâte... Du coup, ça nous fait un roman par moi, va falloir que je me remette au boulot, moi...

Chapitre 2
Jeudi matin, à une heure normale pour être au boulot



« - Alors maintenant, les gars, vous savez ce qu’il vous reste à faire. Au boulot. Les résultats de vos investigations devraient déjà être sur mon bureau ! »
Tandis que Ferricelli raccompagne les autres flics de la brigade jusqu’à la porte de son bureau, je me dis que sa formule est encore tombée à côté de la plaque. Tireur d'élite, peut être, mais au pistolet seulement. En matière de communication, il atteint rarement sa cible. Justement, il s'est planté le long du chambranle et prend soin de donner à chacun une tape dans le dos, à l’exception de Brigitte Le Fur, jeune lieutenant et unique élément féminin de l’effectif présent ce matin, pour laquelle il se retient, embarrassé. Il cherche manifestement un équivalent au geste de camaraderie virile, ou voulu tel, qu’il a eu pour les autres membres de l’équipe. Fine mouche, la gamine ne lui laisse pas le temps de trouver, et lui donne un petit coup de poing sur l’épaule, en ajoutant, avec une voix qu’elle s’efforce de rendre virile :
-«  Ça mousse un max, Boss, vous pouvez compter sur nous ! »
Puis elle quitte à son tour le bureau en fermant la porte derrière elle, sous les regards goguenards des autres officiers.
-«  Les jeunes ne respectent vraiment plus rien ! » se plaint le commissaire, en me prenant à témoin.
« Pauvre pomme, t’es à peine plus âgé qu’elle ! Il faut vraiment que tu aimes les formules toutes faites pour oser celle-là» Mais déjà, déçu sans doute que son adjoint ne le soutienne pas, Fifi poursuit d’un ton rogue :
- « Nous n’aurons aucun rapport d’expertise avant ce soir, au mieux, et encore s'agira-t'il d'un pré-rapport. En attendant, vous n’avez qu’à aller avec eux récolter les commérages du voisinage. Moi, j’ai mieux affaire. Prévenez-moi quand même si vous pensez avoir trouvé un détail intéressant. » Au ton de la voix, on sent bien que l’occurrence l’étonnerait.

Faisant comme si j'avais déjà quitté le bureau, le boss met son ordinateur portable sous tension, et se connecte au réseau interne de la police. Vu que je suis clairement congédié, je redresse ma grande carcasse qui a peut-être, effectivement, légèrement tendance à s'alourdir, ces temps-ci, prend mon imper, et quitte le bureau à mon tour. Je retrouve mes collègues autour de la machine à café, en train d’échanger des considérations assez peu flatteuses sur notre Fifi-la-terreur en soufflant sur les gobelets trop chauds. La jeune Le Fur tient la vedette. Il me faut quand même vous décrire l'engin, parce que celle-là, quand elle est arrivée à la brigade, une paire d'années plus tôt, on s'est dit qu'on avait touché le gros lot. Et on s'est un peu planté. D'abord, elle n'est pas grosse. C'est au contraire un très joli petit lot. En revanche, pour ce qui est de toucher… Tous les célibataires de la crim s'y sont cassé les dents, et quelques hommes mariés également.  Et pourtant, c'est une allumeuse de première, toujours fringué suggestif, court, moulant… Les évincés les plus revanchards font courir le bruit qu'elle n'aimerait que les femmes, et elle laisse dire. Elle n'en a semble-t-il rien à battre, de ce genre de ragot. Pour le reste, c'est une sportive accomplie, plutôt grande, mince, musclée, adepte de différentes techniques exotiques permettant à une fille de soixante kilos de se faire respecter. Elle ne s'interdit, en ce domaine, aucun coup tordu. Je pense même, au contraire, qu'elle prend un malin plaisir à pratiquer le genou dans les joyeuses ou la fourchette dans les mirettes, avec des ongles vernis, bien évidemment. Je l'ai vue procéder à quelques interpellations, ben, promis, ces jours là j'étais content de jouer dans son camp. Dans la brigade, on l'aime bien. Quelqu'un, un jour, l'a surnommée le Furet. Elle a rétorqué que merci bien, mais le furet, ça pue. Alors j'ai proposé La Belette. Elle a rit, le surnom a été adopté.
-«  Comment tu l’as mouché, l’air de rien ! » lui dit justement Migaud, un truc encore boutonneux qui la couve des yeux.
Bon, j'ai parlé de La Belette, faut que je vous cause aussi de Migaud. Lui, son surnom, c'est Nigaud, voire même Niguedouille. Il apprécie peu, mais s'est fait une raison. Plus il râlait, plus ça lui revenait dans la gueule, alors… Migaud a vingt-six ans, comme la Belette sa commère. Ils ont fait leur lycée, puis l'école de police ensemble, et, depuis, il lui file le train, en amoureux transi, sans aucune chance de décrocher la pompom. Faut dire qu'il paraît tellement jeune qu'on lui demande encore ses papiers, au bistro, avant d'accepter de lui servir une bière. Ses boutons d'acné, très présents, lui ont un temps valu le sobriquet de "Pustulet", mais là, c'est la Belette qui a mis le holà, en promettant à tout contrevenant un rôle de sparing partner pour la mise au point de ses prochaines bottes secrètes… Parce qu'elle l'aime bien, son Migaud, la petite Belette. En tout bien tout honneur, peut-être, mais elle le considère comme sa chasse gardée. Elle seule a le droit de le charrier. Ils forment du coup un drôle de petit couple tous les deux, style la belle et la bête. Ah, oui, parce que je ne l'ai pas précisé, mais Migaud, qui est doux comme un agneau (tant qu'on n'emmerde pas sa princesse, bien entendu), fait quand même un peu plus de deux mètres, pèse 130 kilos, et chausse du cinquante deux. Autre détail amusant, ils partagent le même appart, pour de strictes questions budgétaires, évidemment. Un pacte secret les lie qui précise qu'il est interdit de ramener les coups à tirer au bercail. Quand même. Comment je le sais ? Je le sais, c'est tout.

Mais trèfle de plaisanterie, comme dirait un lapin dans un carré de luzerne, il est temps que je m'immisce et que je reprenne un peu les troupes en main. J'agresse la Belette
«  Encore un bon point pour ton avancement ! Le boss est ravi, vraiment !» Puis, au reste de la troupe : « qu’est-ce que vous fichez encore ici ? On vous a donné du boulot, non ?
- Allez, quoi, Patron, vous n'allez pas vous y mettre aussi ? Y’a assez d’un rabat-joie dans la brigade ! »
Je ne relève pas la réplique de la miss. Je suis tellement d’accord avec mes jeunes collègues… Il n’empêche que le travail doit se faire, et que ce n’est pas en restant glander autour de la machine à café qu’ils trouveront quoi que ce soit.
-« Premièrement, tu cesses de m'appeler comme ça. Deuxièmement, on a assez rigolé, maintenant. Le patron, le vrai, celui qui est commissaire, est un peu particulier, je vous l'accorde, mais ce n’est pas une raison pour rester les deux pieds dans le même sabot. Vous savez bien que, sur le fond, il a raison. On lance l’enquête de voisinage, et on récolte tout ce qu’on peut trouver sur la victime : relations professionnelles, personnelles, enfin tout, quoi. Je ne vais pas vous apprendre à faire votre métier. Et si ça vous emmerde, pensez que ça justifie quand même votre fiche de paye. »

Ma petite troupe s’égaye. Je sais que ce sont des gens sérieux. S’il y a quelque chose à gratter, quelque part, ils trouveront. J'estime qu’à cinq, ils sont suffisamment nombreux comme ça sur le terrain. Ouais, je sais, je ne vous en ai présenté que deux. Les autres, vous les découvrirez plus tard, si je veux. cinq portraits à la queue leu leu, c'est peut être un peu lourd, en manière de style, non ? On est d'accord. Du coup, je rejoins mon bureau, où m’attend, comme d’habitude, la montagne de paperasse que les subalternes ne peuvent pas traiter et dont le chef ne veut pas se charger. Ça fera passer le temps, en attendant les rapports d’expertises.

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