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mardi 18 février 2014

Fin du neuf, en trois lettres... hmmm ? Usé, oui :-)

- Pas question, mon vieux, nous n'avons pas le temps. Pendant que je me débrouille pour convoquer la presse, vous me préparez un communiqué à la fois succinct et propre à éveiller la curiosité de notre tueur. Je veux votre proposition dans, disons… Deux heures.
- Il sera alors tout juste quinze heures monsieur le commissaire, et…
- Quoi ?
- La conférence n'est que deux heures vingt plus tard, nous avons donc le temps de déjeuner avant de…
- Et moi, je le corrige quand, votre devoir de vacances ? Si vous êtes incapable de travailler le ventre vide, ce que votre embonpoint peut laisser imaginer, faites-vous monter des sandwiches, mais je veux votre texte sur mon bureau à quinze heures. Exposé de vingt minutes, à mon débit. C'est compris ?
- Très bien, monsieur le commissaire. Vous l'aurez."
On s'est cassé sans dire au revoir, ni merci. Lamousson essayait de se faire encore plus transparent que d'habitude. Ça fait tellement d'années qu'on bosse ensemble qu'il sait parfaitement que la meilleure méthode pour me foutre en rogne, c'est de me priver de nourriture. D'ailleurs, je ne l'ai pas épargné :
- "Lieutenant Lamousson ?
- Oui Capitaine ?
- La prochaine fois que vous avez une bonne idée, vous allez l'exposer tout seul, ou vous la mettez à l'abri dans votre caleçon, puisque la place n'y manque pas. Me suis-je bien fait comprendre ?
- Euh.. Oui…
- Du coup, tu restes bosser avec moi, et la commande de sandwiches, c'est pour ta pomme ! Et t'as intérêt à ce qu'ils soient bons !
- Je m'en occupe immédiatement, capitaine. Merci, capitaine."

On a super bien bossé, tous les deux. Faut dire que Dermédard mérite son surnom. Il nous a trouvé des sandwiches de première bourre, accompagnes d'une bière très recommandable. Du coup, l'ambiance était à la détente, et, à quinze heures tapantes, le texte, parfaitement mis en page, atterrissait délicatement sur le bureau de Fifi.

Son truc de l'heure précise a super bien fonctionné. À dix-sept heures quinze, tous les plumitifs chargés des affaires criminelles de Paris sont assis à leur place, le regard en point d'interrogation. À l'heure dite, et selon la mise en scène conçue par le Boss, nous avons fait notre entrée. A premier rang, la Belette, qui, briffée par Bibi, a accepté de sourire, et de défaire un bouton supplémentaire de son chemisier. Suivaient le boss, puis moi. Nous nous sommes assis face à la presse, et Ferricelli a balancé son texte. Dois-je préciser qu'il ne restait pas un traître mot du travail que Lamousson et moi lui avions livré ? Dois-je ajouter que je n'en ai pas été étonné ? Après l'exposé, il a accepté de répondre à quelques questions précises, puis a posé pour les photos, la main sur l'épaule de la Belette, dans une attitude très "pipole" étudiée pour rameuter de la ménagère de cinquante ans et générer un peu de buzz. En tête-à-tête, il n'est peut-être pas doué, le Fifi, mais pour la com' de masse, il se pose là.

J'ai commandé un grand café, une paire de croissants au beurre, puisque je suis en liberté non surveillée ce matin, et la litanie des quotidiens disponibles. Les photos sont bonnes, et se valent, Fifi mettant involontairement en valeur la plastique irréprochable de la Belette. Les articles se contentent de retranscrire avec leurs mots le communiqué remis à l'issue de la conférence. Ils ont adopté le même surnom pour notre tueur, parce qu'il faut toujours un surnom à un tueur en série. Ils ont opté pour "le saigneur des agneaux". Pourquoi pas ? Je trouve ça plutôt marrant. Seules, les questions d'ouverture, sans lesquelles un bon article n'existe pas, diffèrent un peu, et permettent d'identifier la ligne éditoriale du canard considéré. Les journaux de droite plaident pour plus de répression, afin de réduire de tels sauvages à l'impuissance, les journaux de gauche exigent plus de social, pour éviter que la société ne génère de tels assassins. Et tous tapent sur le gouvernement, en visant particulièrement les gueules du ministre de l'intérieur, du premier ministre, et du président de la Raie Publique. Ça manque un peu d'imagination, vu que ce sont toujours ces trois là qui prennent, qu'on parle d'un hold-up, d'un attentat, et même d'une catastrophe aérienne. Mais bon, dans le cas présent, on s'en fout. Notre but est atteint. S'il lit les journaux, notre tueur sait qu'on sait. Et s'il ne les lit pas, la télé et les radios le renseigneront tout pareil. Pour des raisons évidentes d'efficacité rédactionnelle, la Belette a été désignée volontaire pour assurer la coordination de l'équipe avec les médias. Au début, elle a un peu fait la gueule. Elle aime bien qu'on lui fasse des compléments sur son physique, mais apprécie moins qu'on ne l'utilise que pour ça. Mais elle s'est finalement vite prise au jeu. Un fond de comédienne sommeille en elle, et, dès la sortie de la conférence, elle prenait des poses à la Lara Croft en répondant aux journaleux qui se battaient pour obtenir son numéro de portable. D'ailleurs, la télé du bistrot passe justement les infos de neuf heures, et elle en fait la une, notre Belette. Bon, comme dirait Tonton Émile, grand pêcheur devant l'éternel, petit pécheur devant la vertu (à moins que ce ne soit le contraire) juste après avoir appâté une zone d'un hectare autour de sa ligne, "main'nant qu'on a balancé la purée, on peut aller s'en taper un, le temps qu'y goûte et qu'ça lui plaise !"

Planqué derrière mon dernier canard, je vois Maud passer en coup de vent et s'engouffrer rageusement dans sa cox décapotable (la vraie, pas la moche). M'est avis qu'il va falloir filer doux pour réussir à lui acheter un tableau aujourd'hui. La voie est libre, je peux rentrer faire ma toilette. Faut quand même que je songe à lui faire porter des fleurs, si je veux dîner ce soir…


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