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mardi 18 février 2014

Oui je sais, je n'ai pas posté hier. Mais j'ai un mot d'excuse de ma maman... :-p Allez, voici le début du 9

Chapitre 9
Vendredi matin
Une Maud amoureuse, les yeux encore cernés, m'apporte le petit dèj' au lit. Je ne supporte pas ce numéro d'équilibriste, qui se termine immanquablement par un changement de draps, quand on n'est pas obligé, en plus d'expédier la couette au pressing. Seulement, Maud ne le sait pas, et en plus, elle, elle aime ça. Je n'ai jamais osé lui avouer que l'un de ses moyens préférés pour me dire qu'elle m'aime me fait braire. Pour m'en sortir, en général, je me débrouille pour sauter du lit le premier, et le lui servir moi-même, ce qui me permet de rester assis par terre, à côté du lit, mais, aujourd'hui, je me suis bêtement laissé endormir par un câlin du matin aussi rare que délicieux, et, chassé des bras de Maud qui partait prendre sa douche, j'ai naturellement retrouvé ceux de Morphée. Du coup, je suis maintenant tout crispé, assis dans le lit, le plateau en équilibre sur les guibolles, plateau sur lequel, comme par un fait exprès, le bol de caoua est plein à dégueuler. Et Maud a décidé, en plus, de rester faire la causette, ce qui m'interdit de tout poser par terre pour éviter le drame. Et j'ai le droit au récit circonstancié de sa journée d'hier à la galerie, depuis les réflexions incroyables de ces béotiens qui ne connaissent rien à l'art contemporain, au comportement douteux de racistes supposés, en passant par les mots involontairement hilarants de quelques blondes accompagnatrices de portefeuilles épais, le tout en grignotant mon pain beurré du bout des incisives, de peur qu'une trop franche bouchée ne fasse déborder le café. Tout s'est bien passé. J'entends s'annoncer le point final du récit de Maud juste comme je termine mon pain. Pas une goutte n'a accidentellement quitté le bol de caoua toujours fumant. Je vais pour m'en saisir au moment ou le magnifique postérieur de mon amie décolle sèchement du lit, tandis que sa merveilleuse bouche articule à toute vitesse un "putain, je suis méga à la bourre !" qui explique le mouvement, le justifie, l'excuse, l'absolutionne, même, n'ayons pas peur des mots. Et pourtant… Tandis que le féminin fessier se déplace de bas en haut, les ressorts du plumard, jusque là contraints, soupirent d'aise et se détendent d'un coup, mais d'un côté du lit seulement, puisque mon quintal personnel soumet leur compagnons à une pression verticale de haut en bas égale à la masse du bonhomme multipliée par la force d'attraction terrestre et divisée par la surface de peau en contact avec le lit. Le plateau, dont l'horizontalité tenait à un subtil équilibre entre la position de mes deux jambes, position elle-même fondée sur une analyse très fine des contraintes subies par chacun des ressorts individuellement ensachés évoqués précédemment, le plateau donc décide de prendre la tangente, emportant avec lui le bol qui, d'une véronique hardie, évite ma main. L'effet papillon, en une fraction de seconde, transforme mon plumard en zone sinistrée. La literie est trempée, et, connaissant l'effet de la chaleur sur les gamètes mâles, je peux vous assurer que je suis stérile jusqu'à la prochaine livraison ! Évidemment, je hurle. Avouez qu'il est des circonstances ou Brett Sinclair lui-même ne saurait se contenter de soulever un sourcil, merde. Du coup, j'ai droit à une rafale de kalach' droit dans la figure, un staccato de reproches variés et salés, au terme duquel il apparaît que je suis quelque chose comme un gros con. Dont acte. C'est parti pour une journée à se faire la gueule. Tant pis. Comme le dit le proverbe bantoufle "la langue qui n'a goûté le sel de l'amertume ne peut apprécier le miel de la félicité". Le plus chiant, c'est que mon journal a morflé grave, et qu'il est complètement illisible. Et avec ça, pour parfaire le truc, je n'ai pas eu de café. Or je ne sais pas commencer une journée sans café. Maud s'est enfermée dans la salle de bains, et va squatter l'endroit aussi longtemps qu'elle entendra que j'attends la place, histoire de me faire ch… un peu plus. L'analyse de la situation est assez simple. Je saute dans mes fringues de la veille, et je me casse, direction le bistrot du coin, en claquant bien fort la porte, mais en prenant garde de ne pas oublier mes clés. Comme ça, j'aurai mon café, je pourrai lire mon journal, et je disposerai de la salle de bains dès que j'aurai fini ma lecture. Et ne croyez pas que je me les roule ! Je bosse. Parce que ce matin, mon journal devient un élément de l'enquête.

Le chapitre huit de ce bouquin haletant nous avait abandonnés, ce bon Médard Lamousson et Mézigue, dans le couloir qui mène au bureau du Bross, avec l'intention de lui présenter l'idée du Dermédard, à défaut d'une autre, meilleure, mais dont nous ne disposions pas. Le vioque collé à la poche arrière de mon jean, j'ai donc frappé à la porte de Fifi. Invité à entrer, j'ai choppé par le revers du veston mon collaborateur qui enclenchait déjà la marche arrière, et nous avons pénétré dans le bureau. Sans lever la tête, Ferricelli a balancé :
- " Je n'ai rien de nouveau pour l'instant, Sénéchal. Le regroupement des procédures demandera du temps, sans doute une semaine. J'ai quand même obtenu que l'affaire soit confiée au juge Albert Robert. Vous connaissez ? Non ? Moi oui. C'est un incapable à peine pubère qui me mange dans la main. Nous aurons les coudées franches pour agir à notre guise. Je suppose que de votre côté vous n'avez pas encore avancé, alors, je me demande ce que vous faites ici…"

Et tout ça, sans lever la tête, je le rappelle ! Ou ce type possède un odorat hyper développé, ou il faut que je change d'eau de toilette, c'est au choix. La deuxième hypothèse me parait plus plausible, vu qu'il n'a pas détecté la présence de Lamousson, qui se parfume au Persavon. Je lui avais dit, à Maud, que "Pure Mâle" de Genchy, c'était trop… Trop. Le problème, c'est que ma chère et tendre est souvent excessive dans ses choix, et sans concession quant à leur mise en œuvre. Elle m'a offert le flacon d'un litre, et pas question de filer sans en être aspergé, sinon elle demande pourquoi et fait la gueule si la raison ne lui convient pas. C'est tout juste si elle admet que je puisse m'en passer lors des filoches ou des planques. Du coup, je réagis en poussant le Dermédard devant moi :
-" Le lieutenant Lamousson voudrait vous exposer une idée, monsieur le commissaire."
Fifi lève la tête, étonné. C'est dans cette circonstance qu'il mérite le mieux son surnom, Crâne de Piaf ! On s'attend presque à le voir balancer "j'ai cru voir un 'ros minet ". Au lieu de cette immortelle réplique, il se contente de :
-" Je vous écoute Lemaçon.
- Euh… Moi, c'est Lamousson, monsieur le commissaire, lieutenant Médard Lamousson…
- Oui, bon, d'accord. Lamousson, Lemaçon, vous n'allez pas me reprocher ces quelques lettres dans le désordre, si ? Non. À la bonne heure. Je vous écoute donc, lieutenant.
- Oui, ben, euh, voilà…C'est-à-dire que, c'est rapport à ce que vous avez dit tout à l'heure, quand vous êtes intervenu dans…
- Droit au but, please !
- Euh… Le capitaine Sénéchal vous expliquera mieux que moi les tenants et les aboutiss…
- Je vous écoute Sénéchal !
- L'idée est simple, monsieur. Elle consiste à informer notre tueur que nous savons.
-Comment ?
- Par voie de presse, monsieur.
- Pourquoi ?
- Pour provoquer une réaction quelconque, l'inciter à se découvrir, commettre, peut-être, une maladresse…
- Et risquer de paniquer tout le pays.
- Le mettre en garde, au moins, éveiller la curiosité du bon citoyen qui prouva son efficacité dans certaines périodes troubles de notre histoire…
- Mouais. Pas con.
- Je connais un ou deux journalistes qui…
- Non. JE connais TOUS les journalistes qui. Chacun sa spécialité. Je les appelle immédiatement, et nous organisons une conférence de presse cet après-midi, disons… à dix-sept heures vingt, dans la salle de presse du rez-de-chaussée.
- Pourquoi dix-sept heures vingt, si je peux me permettre ?
- Elémentaire, mon cher Sénéchal. Si je dis dix-sept heures, ils vont interpréter l'information comme un ordre de grandeur, et se permettre jusqu'à un quart d'heure de retard. Dix-sept heure vingt, c'est précis. Ils seront à l'heure. Vous verrez.
- Si vous le dites. Bien. Sur ce, nous allons vous laisser. Bon appétit, monsieur le comm…
- Où allez-vous, là ?

- Et bien, nous nous apprêtions à sortir déjeuner.

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