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mardi 4 février 2014

Hop hop hop... La fin du chapitre 3


Du coup, on s'est mis à reconnaître ses réelles qualités professionnelles, et la vie a changé du tout au tout, pour elle. Sauf, évidemment, qu'elle n'était pas devenue baisable pour autant. Elle s'est donc consacrée presque exclusivement à son travail. C'est devenu une championne, qui écrit des bouquins et donne des conférences… Et quand la vie devenait difficile à supporter, pour elle ou pour moi, on se filait rencart et on s'en tapait une sévère, chez l'un ou chez l'autre, en matant quelques DVD, des films bien gore, avec du sang qui gicle, ou des pornos américains, avec des filles aux nibards surgonflés et des étalons avec des bites de trente centimètres. Tout un univers de monstres, qui nous permettait de nous sentir plus humains. Il n'y avait pas rythme bien précis à nos dérapages. C'était, grosso-modo, une histoire d'une fois par mois. Et puis j'ai rencontré Maud…

 

Le bouquet a produit son effet. Cessez-le feu immédiat, quoique peut-être temporaire. S'agit de ne pas traîner pour présenter mes excuses…

-"Salut Marie-Ca. Comment vas-tu, depuis le temps ?
- Ben, tu vois, toujours aussi moche, et encore plus seule, depuis que tu m'as laissée tomber comme une chaussette percée !
- Ouais, je sais, j'ai pas été sympa, mais… Je ne pouvais vraiment pas faire autrement, tu sais. Maud, c'est sans doute la dernière chance que m'offre la vie…
-C'est vrai qu'elle est gironde, ta greluche !
- Tu… Tu la connais ?
- Ben, tu croyais quand même pas que j'allais laisser n'importe quelle pisseuse te mettre le grappin dessus. J'ai vérifié le pedigree de la pouliche, avant de laisser filer les rênes.
- Alors ça…
- T'es étonné, hein ? Tu ne me savais pas capable de mener ma petite enquête, pas vrai ? À vrai dire, c'était pas bien difficile, nos mères appartiennent au même club " Bridge et Scrapbooking dans le XVI° arrondissement". Franchement, grand, je suis contente pour toi.
- Et toi, pas trop dur ?
- Tu rigoles ! Tu connais la loi des séries, non ? Moins de trois mois après toi, je me suis mise en ménage, moi aussi. Et depuis, c'est le bonheur, mon p'tit père. Je suis attendue à la maison tous les soirs, cuisine fine et musique douce. On va au spectacle ensemble, avec une prédilection pour le cirque et le cinéma gore, ce qui ne t'étonnera pas, pas vrai ?
- Alors ça…
- Tu ne sais pas montrer ton étonnement autrement ? Parce que là, ça fait deux fois en l'espace de dix lignes, le lecteur va se sentir floué…
- On peut connaître le nom de cet heureux homme ?
- Elle s'appelle Bernadette. Elle est clown naine chez Médrano, et donne un peu dans le catch, aussi. Et si tu rigoles, je te défonce la gueule.
- Non non, je suis venu parler d'amour et de paix, pas faire la guerre.
- Allez, viens m'en serrer cinq, je sais que t'as horreur qu'on s'embrasse."

Marie-Ca m'écrase la main droite avec un sourire un tantinet sadique. Elle me rend au moins cinq centimètres en tour d'avant-bras, et je ne suis pourtant pas ce qu'on peut appeler une mauviette. Depuis qu'elle s'est rendue compte qu'elle était physiquement forte, cette femme est devenue redoutable. Pendant qu'elle prépare un café, elle questionne :
-" C'est le puzzle de la nuit dernière qui t'amène ?
- Le puzzle ?
- Pour un cadavre en soixante et un morceaux, ouais, je trouve que puzzle ça s'impose.
-Soixante et un morceaux ?
-Ouais. Cinquante-six phalanges entre les doigts et les orteils, deux avant-bras, deux jambes, et la tête, alouette, pour finir.
- Une explication ?
- Ça dépend. Si la question sous-jacente est : " pourquoi pas plus de soixante et un morceaux", je réponds "parce qu'elle est morte aux alentours de soixante. La tête, c'est en bonus.
-Tu veux dire qu'elle a été découpée vivante ?
- Ouais. Dans l'ordre elle a été droguée, puis attachée, opérée, réveillée, violée de plusieurs manières indiquant, à mon avis, que le mec a un besoin forcené de dominer et d'avilir…
- Opérée ?
- Opérée, oui. Il lui a coupé les cordes vocales. La pauvre pouvait ensuite essayer de hurler, elle produisait autant de bruit qu'une centenaire soufflant sur les bougies de son gâteau d'anniversaire !
- Je ne comprends pas…"

Avant de répondre, Marie-Ca se saisit de deux espèces de récipients en inox destinés à recevoir des trucs pas nets en provenance des macchabées, passe le doigt dedans, et, satisfaite de sa succincte inspection, y sert le café. Elle reprend :

- "c'est pourtant pas difficile. Attends la suite. Après l'opération, il a attendu qu'elle se réveille, il a même utilisé un médoc, un antidote à l'anesthésique, pour que ça aille plus vite. Puis il l'a violée plusieurs fois, et avec plusieurs objets, sans doute, avant de commencer à la découper, lentement et avec minutie, jusqu'à ce que le cœur lâche à cause de la forte diminution du volume sanguin provoquée par les hémorragies. Après, il a fait son petit cinéma vaudou, avant de se tirer.
- Dis donc, une boucherie pareille, plus l'anesthésie, l'opération, il faut que je cherche un toubib ?
- Ou un boucher, ou un cuisinier… Y'a rien de sorcier là-dedans, d'autant que maintenant, avec Internet, tu trouves tout ce que tu veux en vente libre.
- Ouais, ça ne m'avance pas beaucoup. Dis-moi, quand même, cette boucherie a du prendre du temps…
- Ouais. Vu les produits utilisés, et la vitesse probable à laquelle elle a perdu son sang, je dirai que le total de l'histoire a duré une vingtaine d'heures.
- Elle est morte vers quelle heure ?
- Aux alentours de minuit, à un poil de couille près.
- Police-secours a été appelée à deux heures du mat par le voisin du dessous, qui a été réveillé par le sang qui avait traversé son plafond et lui gouttait sur la tronche.
- Joyeux réveil !
- Bon, tu dis minuit, mercredi, et vingt heures de supplice…
- Plus ou moins une ou deux heures, ouais.
- Ce qui veut dire que le ou les assassins l'ont agressée dans la nuit précédente, vraisemblablement après minuit mardi, donc dans les toutes premières heures de mercredi.
- Si tu le dis…
- D'autres infos ?
- Pas de fluides corporels extérieurs. Quelques poils, et des résidus sous certains ongles. J'ai envoyé tout ça à l'analyse. C'est tout ce que j'ai pour toi, flic de mon cœur !
- Je t'en prie, Marie-Ca, pas de familiarités. Il semblerait que nous ayons, tous deux, trouvé chaussure à notre pied.
- Ouais, un escarpin noir pour toi, et une Rangers pour moi ! Ah, on peut dire que les deux font la paire ! Dis… Tu ne crois pas qu'il faudrait qu'on les présente ?"
Je reste silencieux un moment, essayant de visualiser la scène, mais j'y renonce vite. Trop complexe.
-" Écoute, je ne suis pas contre le principe, mais il faut un peu de temps pour préparer le terrain. Je ne sais pas comment tu as géré le truc de ton côté, mais tu fais partie d'une période de ma vie que je n'ai pas franchement abordée avec Maud…
- T'inquiète, poulet, c'est pareil pour moi. On en reparle à l'occase, si t'oublies plus de venir me rendre visite.
- D'ac Marie-Ca, on fait comme ça. Merci pour les tuyaux. J'aurais ça en papier quand, au mieux ?"

Elle éclate de rire, va jusqu'à son bureau, ouvre le tiroir du bas, celui qui reçoit les dossiers suspendus, et en extrait une chemise qu'elle me tend. Dessus, de sa belle écriture de toubib, presque illisible, elle a griffonné "Ferricelli – Crim'".
-Amène-le lui toi-même, je sais qu'il l'attend, il n'arrête pas de téléphoner. L'exemplaire officiel avec les visas, tampons et mentions obligatoires, il ne l'aura pas avant une semaine. En revanche, pour les analyses ADN, tu me le calmes, le corse. On n'aura rien avant au moins quinze jours.
- Ok. Merci encore Marie-Ca. Mes amitiés à ta… compagne ?
- Elle s'appelle Bernadette !

- Mes amitiés à Bernadette.

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