Le 11 est un petit chapitre. En voici déjà la moitié...
Chapitre 11
Samedi après-midi…
Je ne suis
pas surpris de trouver le boss à son bureau, tout en étant certain que Nigaud
ne l'a pas appelé. À peine ai-je mis un pied dans le couloir qu'il me fait
signe depuis son aquarium.
-" Je
suis étonné de vous voir ici un samedi, Sénéchal. Qu'est-ce qui vous amène
?"
Donc,
effectivement, Nigaud ne lui a rien dit. Je me sens assez gland, du coup, face
à ce spécialiste de l'analyse froide, avec mon pressentiment et ma réaction à
la Zorro. Et sa question n'est pas une simple formule de politesse, il attend
une réponse, en plus. Faut dire que je suis assez con pour être passé par
l'entrée principale, alors qu'on peut arriver dans la tanière par une porte de
service, ce qui explique qu'il n'a vu passer aucun des autres membres de
l'équipe. Bon, je lui dis quoi, moi ? La vérité, au risque de passer pour un
gros nul, ou un bobard histoire de botter en touche ? J'ai déjà trop attendu
pour balancer n'importe quoi.
- "
Il est possible que nous ayons un problème, monsieur.
- Un
problème ?
- Le
lieutenant Le Fur a peut-être disparu.
-
Peut-être ?
- Oui. Je
n'en sais pas plus pour l'instant, et c'est pour lever le doute que je suis
ici. Il y a de grandes chances pour qu'il s'agisse d'une fausse alerte, mais, dans
les circonstances actuelles, il ne faut rien négliger, n'est-ce pas ?
- Je ne
comprends rien à ce que… Attendez un peu… Vous pensez qu'elle a été victime du
tueur ! Et vous essayez de me tenir à l'écart !
- Mais pas
du tout ! Je désire simplement vérif…
- Et bien
nous vérifierons ensemble. Prévenez l'équipe !
- C'est
fait, monsieur. Ils doivent déjà être là."
Fifi me
jette un regard qui hésite entre l'étonnement et l'agacement, mais décide de
laisser pisser. Il me précède dans le couloir et file vers la tanière à grandes
enjambées. Les quatre autres sont attablés, silencieux. Ils sont laissée
vacante la place préférée de la Belette, et tirent des tronches de chambre
funéraire, ce qui a le don de me mettre immédiatement en colère. Sans laisser à
mon pourtant supérieur le loisir d'ouvrir son débit de conneries, j'attaque :
-"
C'est quoi ces gueules ? Vous avez choppé la courante ? Y'a un virus qui traine
? Alors, on se bouge, et on annonce, chacun à son tour, ce qui est susceptible
de nous aider à loger le lieutenant Le Fur, qui, jusqu'à preuve du contraire,
est sans doute en week-end à se dorer la pilule. Migaud, tu commences !
- Ben,
j'ai pas grand-chose de plus que ce que je vous ai dit au téléphone, capitaine.
J'ai simplement pu repérer l'adresse à laquelle elle se trouvait lors du
dernier appel reçu par son téléphone mobile, avant qu'il ne soit déconnecté.
C'était à 21 heures, hier soir, et elle était à la salle de gym de la rue des
Biscoteaux, ce qui est normal. Elle y a un abonnement, et va tirer sur la fonte
tous les vendredis soirs, jusque vers minuit. Le seul truc qui cloche, c'est
justement qu'après cet appel, qui provenait de sa mère, elle a coupé son
téléphone, or elle ne le fait jamais.
- Elle est peut-être tombée en panne
de batterie, " tente Ferricelli.
- "Non, monsieur, c'est
impossible. Elle fait très attention à ça, et emporte toujours deux chargeurs
avec elle ; un secteur, et un qui se branche dans la voiture. Elle n'a qu'une
trouille, dans la vie, c'est que sa mère, qui est malade, se trouve dans
l'impossibilité de la joindre.
- Je maintiens qu'il est possible,
même si c'est improbable, qu'elle soit tombée en panne sans s'en rendre
compte." Faut pas contrarier Fifi avec des sentences définitives !
Toujours laisser une part raisonnable au doute… Je reprends la main, et demande
à Nigaud :
- Es-tu passé à la salle, demander si
elle était bien là, hier, et si elle est partie comme d'habitude ?
- J'y suis allé ce matin, mais elle
est fermée. Jean-Pierre, le proprio, a collé un mot sur la porte pour expliquer
qu'il a été obligé de filer à la première heure en province pour raisons
familiales, et que la salle restera bouclée jusqu'à jeudi ou vendredi. Par
ailleurs, je suis allé dire bonjour à sa maman, en expliquant que je rentrais
de vacances et que j'avais perdu mes clés, pour ne pas l'inquiéter. Elle m'a
dit que sa fille était passée la voir jeudi soir, comme d'habitude, et qu'elle
ne l'attendait pas avant déjeuner demain midi, comme d'habitude également.
- Ok, et les autres, vous avez
quelque chose ? "
Les deux vieux se consultent du
regard, puis font "non" de la tête, de conserve. Romagne, qui est
notre spécialiste de l'infiltration, se gratte la gorge, et propose du bout des
lèvres de consulter ses cousins histoire de vérifier que la disparition
d'Isabelle n'a rien à voir avec la pègre… Ça ou rien… D'un signe de tête, je lui fais signe qu'il
peut toujours tenter le coup. Je relance Migaud :
-" Dis donc, grand, et ces
recherches mystérieuses que tu as menées toute la semaine ?"
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